Bonjour à tous,
Tout fout le camp ma bonne dame, après trois semaines de beau temps insolent, voilà la grisaille qui revient, et même les bons vieux orages, comme celui qui est présentement en train de gronder à mes oreilles.
Heureusement, il faisait encore beau la semaine dernière lorsque j'ai participé, accompagné de mon amie espagnole Blanca, à un "Kölschtour", organisé par une association étudiante bougrement péchue, l'AEGEE. Sous la conduite d'une guide, en Birkenstock, comme tout guide allemand qui se respecte, notre petit groupe a visité (écumé serait plus honnête) les différentes brasseries historiques de la ville. Le terme brasserie désignant à la fois le lieu de brassage de la bière, mais aussi de sa consommation. Le tout était fort intéressant, bien que la guide birkenstockée eut un accent kölsch assez sibyllin (ce mot "kölsch" est fort utile, c'est un peu l'équivalent du "schtroumf", puisqu'il désigne à la fois la bière, l'accent, le dialecte... de Köln, évidemment).
Les berges du Rhin sont, lorsque le temps est au beau fixe, hautement sympathiques. Le samedi, en me rendant à la Boothaus, pour avironner, je croise de nombreuses familles, qui s'installent avec tréteaux, chaises longues, barbecues et jeux pour enfants. On y trouve notamment des famiglie italiennes, qui donnent une atmosphère latine chaleureuse. Point trop n'en faut cependant, les italiens, c'est comme les huîtres, je m'arrête à la douzaine (celui -ou celle, soyons paritaires- qui trouve d'où provient cette référence se voit offrir une Kölsch à mon prochain retour en France).
L'aviron est un sport de combat, c'est maintenant certifié. Samedi dernier, un petit incident a presque réussi à nous envoyer par le fond. Il me faut décrire la situation pour que vous puissiez vous la représenter au plus juste : des berges du Rhin partent, tous les 60 mètres environ, des jetées, longues d'une quinzaine de mètres et larges de trois. Ces jetées, qui sont donc perpendiculaires au lit du fleuve, permettent de casser le fort courant, afin que les bateaux sans moteur (aviron, canoës, kayaks, barques diverses, etc.) puissent remonter à contre-courant sans -trop- de peine. Naturellement, au bout de chacune de ces jetées, le courant accumulé est particulièrement fort, et le franchissement d'une de ces pointes est toujours une manœuvre délicate, tant pour le barreur, qui doit s'approcher au plus près de la jetée, sans pour autant s'y échouer bien sûr, que pour les rameurs, qui doivent nager puissamment et bien en rythme.
Et voilà que notre Steuermann, c'est-à-dire le barreur et maître à bord, a eu l'idée interlope de nous faire franchir l'une de ces jetées au moment précis où une péniche s'en approchait également, en sens inverse. Je rappelle pour information que les péniches sur le Rhin sont des monstres de cinquante mètres de long, et hauts de sept à huit mètres. Ce qui, vu d'un aviron de cinq places, au ras de l'eau, fait son petit effet. Nous voici donc coincés dans un espace de 7 mètres au maximum, entre la pointe et la péniche, le tout dans un courant assez peu coopératif. Jusque là, le plan Vigiepirate n'était encore qu'au orange. Mais lorsque nous nous sommes ramassés sur la tronche une vague d'un mètre (pardonnez ce langage fleuri, mais c'est très précisément ainsi que je l'ai ressenti sur l'instant), bien sûr provoquée par les énormes moteurs de la péniche, tous les clignotants sont passés au rouge.
Les vers de Brassens trouvèrent à cet instant tout leur sens :
« Le capitaine crie, "je suis le maître à bord
Sauve-qui-peut, le vin et le pastis d'abord,
Chacun sa bonbonne, et courage !"»
Notre frêle esquif était rempli d'eau jusqu'à la gueule. Saint Vincent de Paul, loué soit son nom, a du nous prendre en pitié, car nous avons pu atteindre cahin-caha la rive, trempés comme des goélands mazoutés mais bien entiers.
C'est toujours amusant de constater la façon selon laquelle l'organisme, après un grand coup d'adrénaline, parait épuisé. Ceux qui ont déjà eu la malchance de connaître un accident automobile savent de quoi je parle... (j'en profite pour saluer mes confrères membres du très Honoré et très Respecté Club du Tonneau).
Rien de tel, après un peu de stress, de se détendre en faisant une bonne sioule (pour les non-initiés, une sioule est un jeu scout proche du rugby, mais aux règles très simplifiées). Et c'est avec un bonheur immense, que le lendemain, j'ai pu organiser une sioule avec quelques camarades (deux français, un sibérien, un belge, un polonais, et même un allemand sur la fin) dans un parc près de chez moi. Nous étions réunis avec des nombreux amis allemands pour profiter du soleil, et ils ont donc pu assister à une démonstration de ce sport roi, de cette énorme blague qu'est la sioule. J'avoue qu'ils avaient l'air plus effrayés que convaincus, et il n'en eut qu'un seul pour relever le défi, ce qu'il fit d'ailleurs avec force et honneur. J'ai pour ma part intensément apprécié de pouvoir enfin manger de nouveau un peu d'herbe et faire quelques plaquages acrobatiques. Vivement le camp Route de cet été...
C'est plus pacifiquement, mais avec tout autant d'excitation, que nous avons suivi la campagne et les élections. Nous nous sommes retrouvés entre français pour le débat et les deux tours. Les avis étaient bien sûr partagés, mais l'ambiance demeura festive. Vous imaginez ma déception de voir la défaite de Ségolène... parce que pour moi, c'était vraiment pas elle !
J'ai d'ailleurs à cette occasion, eu une discussion des plus lunaires avec un autre sibérien. Pour situer le personnage, c'est un russe-allemand, ce qui signifie qu'il est né dans un village sibérien germanophone. Je trouve cela passionnant de s'imaginer qu'il y ait encore au fin fond de la Russie des communautés qui parlent l’allemand, descendants directs d'émigrés germaniques des siècles passés. Convenons tout de même que son allemand est très particulier, et que sa langue maternelle première reste évidemment le russe, bien que son sang (il me l’a suffisamment répété), soit allemand et rien qu’allemand.
Toujours est-il que, dans une façon de penser typiquement russe (Armand, dis-moi si je me trompe), il m'expliqua avec aplomb que les français étaient mal barrés, avec comme seul choix aux présidentielles une femme socialiste ou bien un immigré à moitié juif. Les bras m'en sont tombés. J'ai vainement tenté de lui expliqué que le fait que Sarko ait du sang juif n'était, pour ainsi dire, et Dieu merci, pas vraiment un critère pour la grande majorité des français, et qu'il n'était pas immigré puisque né en France et ayant toujours vécu chez nous. Taratatata, Sarko est un immigré, ce n'est pas un français car il n'a pas de sang français. J'avoue avoir renoncé à le convaincre après lui avoir dit tout le mal que je pensais de ces critères (j'ajoute aussi que j'ai même défendu Ségo, si si, non pas sur le fait qu'elle soit socialiste, ce qui est impardonnable ;-), mais sur le fait qu'elle porte des jupons et que ça m'est bien égal). Le débat a tourné autour des mêmes questions à propos de Khodorkovski, non seulement un traître à la Russie (ce qui n'est pas faux en soit), mais de plus pour le coup lui vraiment juif (ce qui n'est pas faux non plus, mais quel rapport ?).
Rassurons-nous, l'antisémitisme islamiste n'a pas encore enterré le bon vieil antisémitisme occidental. Consternant.
A propos de comportement déplorable, je tiens à vous faire part de l'actualité allemande. En début de semaine dernière, le Bundespräsident (président fédéral), Horst Köhler, a rejeté la demande de grâce formulée par Birgit Hogefeld et Christian Klar, deux activistes de la défunte RAF (Rote Armee Fraktion), condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Petit rappel historique pour les plus jeunes : la RAF, aussi appelée "Bande à Baader", était un groupe terroriste d'activistes d'extrême-gauche, qui a pratiqué des enlèvements et des assassinats odieux pendant les années 70-80 (les fameuses "années de plomb"). A titre de comparaison, la RAF fut à l'Allemagne ce qu'Action directe fut à la France.
Dans cette affaire, ce sont les réactions politiques qui me paraissent intéressantes. Naturellement, la CDU-CSU (Christlich Demokratische Union Deutschlands & Christlich-Soziale Union in Bayern), parti conservateur, et le FDP (Freie Demokratische Partei), parti libéral-démocrate, se sont réjouis du maintien en détention des deux terroristes. Mais aussi et surtout, les ténors du SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands), c'est-à-dire les sociaux-démocrates (donc en théorie l'équivalent de notre Parti Socialiste), qui sont actuellement dans la coalition d'union gouvernementale d'Angela Merkel, se sont également félicités de la décision du Président. Seuls les Verts (die Grüne) et l'extrême-gauche (Linkspartei) ont bien évidemment protesté en réclament la libération de ces gentils terroristes.
Ce qui m'amène au constat suivant : les socialistes allemands, eux, ont fait leur révolution interne, et de ce fait, ne soutiennent pas les terroristes d'extrême-gauche qui ont fait couler tant et tant de sang. Regardons maintenant les réactions en France, non seulement des Verts et de la gauche trotskiste, mais aussi de nombres de cadres du PS face aux affaires Battisti et Ménigon-Aubron-Cipriani. Nos socialistes, sans doute nostalgiques d'une époque révolutionnaire révolue qui leur avait donné des frissons, continuent à réclamer l'indulgence pour les terroristes d'extrême-gauche. Qu'on ne s'étonne pas ensuite que le PS peine à se réformer... Je souhaite bien du courage à DSK !
Sur ces considérations politico-historiques, je m'en vais préparer mon sac, car je pars dans quelques heures pour Berlin, rendre visite jusqu'à dimanche à mon ami Eude.
Bonne semaine à tous !


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