Bon temps de l'Avent à tous, et à très bientôt !
Bonjour à tous,
Me voici rentré dans le rythme du semestre. Je commence à avoir mes repères pendant les cours et à ne plus me perdre dans la fac.
En plus de mes cours de droit allemand, j’ai huit heures de langue allemande par semaine, histoire de rentabiliser ma présence ici. Vendredi dernier a eu lieu un test, réunissant tous les étudiants étrangers qui suivent comme moi des cours de Deutsch als Fremdsprache (Allemand en langue étrangère), qui visait à départager les différents groupes de niveaux. Vous en conviendrez, si l’enjeu d’un tel examen n’est pas négligeable, il n’est pas non plus d’une importance capitale. Et pourtant… nous avons enduré quatre longues heures, entrecoupées d’interminables moments d’attente, en étant surveillés par des mégères plus proches du féroce kapo que du sympathique pion. Le tout dans les conditions d’un examen d’Etat, sacs et vestes au pied de l’estrade, chaque participant séparé par trois places de son voisin. J’avoue n’avoir pas bien saisi le pourquoi d’une telle rigidité pour un test aussi inconséquent… Je me demande comment vont se dérouler les vrais partiels… !
A l’occasion d’un passage à la Hauptbahnof, la gare centrale, je me suis offert un délicieux moment d’intemporalité. L’horloge annonçait 21h30, la nuit était donc déjà bien noire. J’étais assis seul sur le quai numéro 8, en attente d’un Thalys. Un train wagon-lits en direction de Warschaw-Moscow s’apprêtait à démarrer. C’était un engin du siècle passé, cabossé et rouillé. Devant chacune de ses portes, un employé de la compagnie russe de transport, en bel uniforme pourpre, rapiécé mais impeccablement repassé, aidait les quelques passagers à grimper à bord. Le néon au-dessus de moi fonctionnait par intermittence, lorsque une voix retentit dans le haut-parleur, pour annoncer le départ du train moscovite. La nuit, le train d’un autre temps et à la destination orientale, les uniformes, la lumière capricieuse, la voix allemande grésillante, tout cela m’a projeté l’espace de quelques seconde dans les années folles, peu de temps avant que l'Europe ne le devienne. Seuls manquaient les soldats prussiens et leur casque à pointe, et le tableau eut été complet.
Vendredi soir, à l’occasion d’une soirée chez une amie polonaise, j’ai rencontré un garçon saoudien. Nous avons longuement confronté nos visions du monde, avant d’arriver à la conclusion qu’elles n’étaient pas si différentes. Je ne sais pas si celui-ci finira lui aussi par prendre des cours de pilotage, mais le mystère de ces terroristes éduqués en Occident et qui sombrent dans le radicalisme s'épaissit pour moi. Comment peut-on ainsi passer du tout au tout ?
J’ai également discuté avec un Bulgare (futur européen en janvier 2007), notamment de l’entrée de la Turquie dans l’UE. Son point de vue m’intéressait particulièrement puisque, vous le savez sans doute, un tiers de la population bulgare est d’origine turque, ou plutôt ottomane pour être historiquement précis. De plus il m'a appris qu'en Bulgarie, pays à majorité orthodoxe, les catholiques et les orthodoxes s'arrangent pour faire coïncider leurs calendriers et fêter ensemble la Pâques, et d'autres moments liturgiques importants. C'est un bel exemple d'oecuménisme me semble-t-il.
Cette amie polonaise habite dans un logement étudiant tout à fait pittoresque, dans une banlieue un peu éloignée. Le lotissement est composé de maisons préfabriquées, installées en O autour d’une pelouse centrale. Le tout donne l’impression d’une ville Algeco provisoire. Et pourtant non ! ce sont bien des logements définitifs ! Je suis bien content de ne pas y avoir atterri. Comme l’a dit Valentin, dans sa grande sagesse « c’est pas mal pour une caravane ».
En rentrant de cette soirée chez moi au début de la nuit, je me suis rappelé que mon ami et colocataire Bernhard avait invité ce week-end une dizaine de ses amis, originaires de Nuremberg et de Karlsruhe. A l’image de leur hôte, ce sont des gens sympathiques mais parfois déroutants. A mon arrivée, je n’ai pu que constater l’étendue des dégâts : la cuisine n’était plus qu’un champ de bataille, et les cadavres de Kölsch gisaient un peu partout. Mes placards avaient été pillés, toutes mes spaghettis de réserves englouties et mon précieux jus d’orange avait tout simplement disparu. Moi qui bichonne avec tendresse cette cuisine, j’avoue que le choc a été dur. Constatant mon impuissance devant de tels adversaires, je me suis résolu à m’ouvrir une Kölsch et à trinquer avec eux, c’était je crois la seule alternative à la défenestration.
Le lendemain samedi, Bernhard et moi avons conjointement organisé une petite fiesta dans notre WG (WG = WohneimGemeinschaft = colocation). Le tout fut très réussi. Et dimanche fut jour de grand ménage !
Hier, j’ai réussi à trouver un dentiste pour s’occuper des vives douleurs de mâchoires qui me lancent depuis une semaine. Il a pu s’occuper de moi de suite, et a résolu de me raboter un bout de quenotte. Il était visiblement très excité de pouvoir exercer son art dans une authentique bouche française. « Je vous préviens, me dit-il, les soins vont être un peu douloureux. Voulez-vous une injection pour endormir votre gencive ? ». C’était la question à un million d’euros. Louis mon petit, me suis-je dit in peto, tu représentes la France. « Nein » lui ai-je majestueusement répondu. Mal m’en a pris. Je crois que mon dentiste s’est amusé à rejouer la bataille de la Marne sur ma molaire. Que les Allemands se rassurent, avec ce que j’ai enduré, le diktat de Versailles est cent fois vengé. On ne m’y reprendra pas de sitôt à jouer les héros.
Je me demande bien pourquoi les Français ont la réputation d’être arrogants.
Cocorico et bonne semaine à tous
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