Et le carnaval fût… un grand moment !
Avant tout, pourquoi un carnaval ? comme la plupart des festivités qui se déroulent à cette période, le carnaval de Cologne vise à prendre en grand bol d’air frais, de folie et d’excès en tous genres avant l’entrée dans le Carême, temps de restriction et de mesure, qui débute, je le rappelle pour ceux qui ont séché les cours de cathé (pas bien), par le Mercredi des Cendres (cette année le 21 février) et dure jusqu’à la fête de la Pâques.
Le carnaval fut longtemps combattu par l’Eglise, qui trouvait un peu léger le prétexte du Carême pour justifier une fête aussi excentrique et débauchée. Inutile de préciser que de nos jours, la référence religieuse du Carême est passée presque totalement aux oubliettes.
Le « Karneval » de Cologne dure une semaine : du jeudi au mardi soir à minuit, veille du Mercredi des Cendres (Aschermittwoch). La plupart des autres fêtes ailleurs sont plus courtes, se cantonnant au Mardi Gras. En Allemagne le lundi est cependant un jour chômé et donc un jour de fête dans tout le pays. D’autres carnavals durent encore plus longtemps, comme celui de Venise, qui s’étend sur une dizaine de jours.
Le Karneval débute donc le jeudi matin, c’est l’ « Altweiberfestdonnerstag », jour de fête pour les femmes. La tradition dit que les femmes peuvent embrasser à leur guise les hommes qu’elles croisent et qu’elles trouvent à leur goût. Je dois avouer que personne ne m’a embrassé… snif.
Comme pour le 11 novembre, le point de départ des festivités est Heumarkt, place centrale à Cologne, située entre le Rhin et le Dom (la cathédrale). Il faut savoir que le Karneval réunit plus d’un million de personnes. Il vous faut imaginer, six jours durant, les rues et les places noires de monde, ou plutôt justement, non pas noires, car tous étant déguisés, les couleurs se mélangent et se superposent, dans une composition impressionniste bigarrée.
Le jeudi commence par un petit déjeuner, pris entre amis le plus souvent. Les derniers détails des déguisements sont fignolés. J’ai eu recours aux mains expertes d’une amie pour me maquiller (et oui, Jack Sparrow se doit d’être maquillé), étant tout à fait incapable de me crayonner les yeux sans m’éborgner à coup sûr, et ne sachant pas de toutes façons distinguer un fard à paupières d’un eye-liner… Et bien évidemment, une fois son café avalé, il faut déjà attaquer une petite Kölsch. Il est aussi de bon ton d’aromatiser son jus d’orange matinal par quelques lampées de vodka, histoire de se donner du cœur à l’ouvrage.
Et c’est donc déjà bien réchauffé qu’on déambule à travers la ville, en dansant sur les airs joués ici et là, en passant de bars en boites de nuit, ouvertes pour l’occasion toute la journée (ça fait tout drôle de rentrer dans une boite à 17h, mais enfin on s’habitue à tout), en admirant les costumes des fêtards, et en racontant moult niaiseries.
Vendredi fût un peu plus calme. Martin et moi ne commençâmes la fête qu’en fin d’après-midi, pour la terminer… pfiiiuuuu… tard dans la nuit. Ou était-ce déjà la matinée du samedi ?
Samedi, nous avons participé à la Geistparade, la Parade des fantômes. C’est un défilé underground, organisé en réaction à LA grande Parade officielle du Karneval, celle du lundi. Cette contre-parade est très sympathique, et nous avons pu y admirer de très chouettes costumes, au son des tam-tam et autres tambourins. Tous les carnavaliers sont conviés à former eux-même le cortège, ce qui donne un caractère convivial à la manifestation.
Dimanche matin me quitta Martin pour Paris. Malgré cet abandon en pleine bataille, je me résolu à poursuivre la lutte jusqu’au bout. Dimanche soir, nous fêtâmes chez une amie polonaise son anniversaire, le tout évidemment costumé, la règle étant de rester déguisé pendant la totalité du Karneval.
Lundi enfin (Rosenmontag : le lundi des roses) point d’orgue de la fête. Un immense cortège traverse la ville. Il est composé par les différentes sociétés d’amis du Karneval. Les musiciens à pied succèdent aux cavaliers somptueusement agencés et aux chars. Tous ont des grandes besaces pleines de roses, de bonbons et autres sucreries qu’ils lancent à la foule qui s’écrie « Kamele ! » (orthographe incertaine, ne me demandez pas non plus ce que ça veut dire exactement, c’est comme ça et puis c’est tout. Si vous dites Kamele, vous être dans le coup, si vous braillez « Dromadeeee », vous passez pour un gros naze). Le combat est âpre ! je confesse avoir écrasé en toute bonne conscience et avec un zeste de satisfaction les doigts potelés d’une grosse bonne femme qui, bien qu’elle eut déjà un cabas plein à ras bord, se jetait sur les douceurs tombées au sol, avec la rage d’une affamée et la sympathie d’un taureau entré dans l’arène, au point de m’avoir soufflé sous le nez (ou plutôt devant les pieds) deux ou trois barres chocolatées. Mort aux vaches !
Mardi soir, la fête s’achève. Une tradition rigolote vient conclure le Karneval, die Nubbelverbrennung : afin de se purifier des excès, et disons-le, de la murge et de la débauche du Karneval, les colonais dressent de grands bûchers et y font brûler des épouvantails, censés porter la faute de tous les péchés plus ou moins véniels commis les jours précédents. Sur une grande estrade, une sorte d’inquisiteur en chef, habillé tout de noir et coiffé d’un haut de forme, chauffe la foule en accusant de tous les maux les plus abracadabrants les malheureuses poupées. Les voilà donc responsables d’abus d’alcool, de fornication, mais aussi de la hausse des droits d’inscription à l’université allemande, du réchauffement de la planète et autres joyeusetés… A chaque accusation la foule répond en cœur « c’est la faute des poupées ! », hue, siffle et vocifère. Un vrai petit pogrom miniature. Les mécréantes poupées finissent donc en flammes, ce qu’elles ont, après tout, bien mérité. Et c’est reparti pour entendre et chanter tous ensemble une dernière fois les fameuses chansons du Karneval, dont les compositeurs-inspirateurs ont certainement du être Lagaffe et Patrick Sébastien (oui oui, les deux réunis, c’est pour dire).
Au final, après avoir fait la fête de jeudi matin 9 heures à mardi soir minuit, j’ai un mal de crâne tenace, bien évidemment attrapé la crève et la voix en compote. Vivement l’année prochaine !
Vous trouverez içi les photos et içi les vidéos du Karneval !
Je rédige cette chronique dans le Thalys. Je traverse actuellement le territoire de sa majesté le roi des Belges. Je viens d’assister à une scène lunaire entre deux contrôleurs pelges une fois et une dame qui voyage avec ses trois enfants. Je n’ai pas tout saisi à leur affaire, si ce n’est que la dame et le premier contrôleur s’efforçaient d’expliquer au second que le ticket familial était tout à fait valable. Ce à quoi celui-ci répondait invariablement « aaah ouuuui j’entends bien, maiz’enfin le billet Kit ce n’est donc que pourrr un seuuuul enfant ». Poilant.
Vous l’aurez donc compris, je suis de retour en France. Je repars cependant dès demain pour Bazas et Montech, rendre visite à mes grands-parents.
Bonne semaine à tous ! et à très bientôt !
PS : le mot de la fin : « Mir alle sin Kölle », la devise du Karneval cette année, qui signifie, en Kölsch évidemment : « Nous sommes tous Cologne ! ».
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