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Köln Urlaub

Mardi 3 octobre 2006
Bonjour a tous
 
Me voici arrive depuis hier a Cologne, pour le premier semestre de M1 (oui oui, je suis en Master 1, qui l'eut cru ?).
 
Premiere grande joie dans le Thalys, en premiere classe, ou j'ai ete plus que nourri et deshydrate a l'oeil pendant presque quatre heures par de sympatiques hotesses. Au final, j'ai du arriver a la Köln Haupbahnhof avec un kilos en plus, mais j'ai pu economiser un repas, ce qui n'est pas negligeable pour un budget serre d'etudiant !
 
J'habite le quartier de Raderberg-Zollstock et suis entoure de parcs et terrains de sports.
Je suis loge dans une Studentenhaus, un immeuble rempli d'etudiants allemands et etrangers. Pil poil ce que je voulais. Ma chambre commence a ressembler a un petit nid douillet apres quelques amenagements et un peu de deco. Je partage la cuisine et la sdb avec deux petits camarades, un allemand et un chinois, qui parfume notre espace de delicieuses saveurs culinaires orientales. J'ai meme une terrasse, comble de la chance, pour siroter l'apero, euh enfin pour reviser au grand air.
 
Comme Loic en Suede, je vais investir dans un velo, car c'est ici le plus pratique pour se deplacer. Ceci etant, tous les transports en commun sont gratuits pour les etudiants, ce qui est une riche idee. De quoi rabattre son caquet a la carte ImagineR.
 
Je suis pour l'instant dans une phase problemes-administratifs-installation-reperages-amenagements. Premiere constatation, vous me croirez si vous voudrez : un agent public peut etre aimable et souriant, voir meme efficace. Moi qui pensais, au vu de mes experiences francaises, qu'un fonctionnaire etait congenitalement raleur, inneficace et desagreable, me voila rassure !
 
J'accueille pour quelques jours Valentin, co-erasmus de Paris 1, dans mon palace, le temps pour lui de trouver un logement. Nous sommes bien contents d'etre deux pour commencer notre aventure et ne pas nous perdre dans les arcanes de la fac et des multiples demarches que nous devons effectuer.
 
Je n'ai pas encore acces chez moi a internet, mais ca ne saurait tarder.
J'attends avec impatience de vos nouvelles !
 
A bientot
 
PS 1 : si vous ne souhaitez pas etre importune par mes petits mails hebdomadaires, dites le moi et je vous retirerez de ma mailing liste.
 
PS 2 : mea culpa pour les accents et autres joyeusetes francaises... Le clavier allemand ne permet pas toutes ces fantaisies.
Par Louis
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Mardi 3 octobre 2006
Bonjour à tous et à toutes,
 
Voici maintenant plus d'une semaine que je suis à Cologne. Au programme pour commencer, suite des démarches administratives (c'est fou ce que les Allemands peuvent aimer la paperasserie...). A cette occasion, je me suis offert une chouette promenade en bus pour aller à la Rathaus, c'est à dire la mairie d'arrondissement. J'ai pris un bus direct mais très très très très long... Je me suis retrouvé en pleine campagne, entourée de champs et de verdure, c'était très bucolique. Pour vous donner une idée, c'est un peu comme aller de République à Nation en passant par la Seine-et-Marne. J'ai trouvé heureusement plus rapide pour le retour...
 
J'ai acheté un superbe vélo rouge répondant au doux nom d'Hercules (si si, c'est marqué sur le cadre). C'est une belle bête, avec gardes-boue (très important dans un pays pluvieux si on veut éviter de se faire repeindre le dos, n'est-ce pas Fabien ?), et surtout un système de freinage inédit pour moi. Dans ma grande inculture bicyclettique, j'ignorais qu'il existait des systèmes de freins à la pédale. Je vous explique : j'ai un frein avant, que j'actionne sur le guidon à droite, jusque là tout va bien. En revanche, pour freiner à l'arrière, je dois retropédaler (c'est à dire pédaler à l'envers hein). C'est un peu surprenant au début, mais en fin de compte c'est un coup de main (ou plutôt de pied !) à prendre.
Ici les pistes cyclables sont légions, aussi c'est un vrai plaisir que de se ballader à deux-roues. Et en cas de fortes pluies, de neige, d'ouragans, ou pire encore, de crise de flemme aigüe, je peux toujours me rabattre sur le tram.
 
J'ai fait le tour de mon quartier, et j'ai repéré les indispensables :
- un Lidl (pour me changer de mon Leader Price parisien)
- un loueur de DVD ganz automatisch (à 50 cents le film !) avec un système de reconnaissance par empreintes digitales (c'est très grisant d'aller chercher un film, on se croirait dans un laboratoire ultra-secret avec tout plein de sas de sécurité)
- l'arrêt de bus et de tram le plus proche (Hertastrasse, que je me suis empressé de rebaptiser Rue des Knackies)
- la boulangerie, qui vend notamment une sorte d'objet longiligne ressemblant vaguement à une baguette, mais ça n'en a ni le goût ni l'odeur (et encore moins le bruit).
 
Je fais donc mes courses comme un grand garçon, et je tâche de varier mes menus (pâtes-pesto, pâtes-ketchup, pâtes ou riz Maggi, parfois un peu de viande, haricots et petits pois, usw...). Ceci étant, malgré cette alimentation équilibrée, je m'autorise deux plaisirs jusque là proscrits par ma chère et tendre Maman : le Nutella et le Coca (Light évidemment, je suis un aventurier mais tout de même).
 
Rassurez-vous, afin de garder ma ligne de jeune fille, je cours avec Valentin mon compère dans le Vorgebirgs-Park, à 5mn de chez moi. C'est un grand espace vert comme nous ne les connaissons pas à Paris, en plein coeur de la ville. Très pratique et très sympa, Gunter et Frida (c'est le nom que j'ai choisi de donner au couple allemand typisch, nous les retrouverons tout au long de mon aventure). y font des barbecues improvisés. Je me sanctifie ainsi en joggant vers 19h tout en humant parfois quelques bonnes odeurs de Wurst, ce qui ne manque pas d'éveiller mon appétit que vous savez conséquent.
 
J'ai fait plus ample connaissance avec mes colocataires. Bernhard, qui vient de Nuremberg, est programmeur, en stage pour 6 mois chez EA Sports. Il bosse sur Fussbal Manager, un jeu PC passionnant qui consiste à simuler la gestion d'un équipe de foot... Wunderbar comme on dit içi (Stan, je te donnerai son email si tu veux des combines pour payer Pauleta moins cher). Ceci étant, c'est un gars très sympa, avec lequel je discute et rigole bien. Ce soir en rentrant d'Ikéa, Valentin, Bernhard et moi avons fait une mémorable bataille de polochons, ce qui est un symbole évident de bonne entente, n'est-il-pas ?
 
Dahaï, mon second coloc, vient d'une petite bourgade chinoise de quelques trois millions d'âmes. Il est très sympathique lui aussi, et a un accent amusant (il remplace tous les "h" par des "r" par exemple). Il cuisine tout lui même. Ainsi mardi a-t-il fait cuire pendant 4 heures dans une grande marmite (une boname pour les initiés) une sorte de bouillon de légumes et de viande, qui le nourrira pendant une semaine. C'est très cocasse, et il a promis de m'apprendre à faire des nouilles chinoises, je vous tiendrai informé dès que je me serai intoxiqué.
 
Je termine comme toute bonne chronique par un petit point météo : grand beau jusqu'à aujourd'hui, 26 degrés sur ma terrasse. Ma chambre est orientée nord-ouest, ce qui me permet de profiter du soleil à partir du milieu de l'après-midi.
 
Je suis au troisième étage de l'immeuble, et mon balcon est entouré par un jardin dans lequel est planté un grand bouleau, deux acacias, et d'autres arbres et arbustes non encore identifiés. L'hiver approchant, je peux observer le cycle de la nature de très près. Et bien figurez-vous qu'ici aussi les feuilles tombent en automne. Je sais c'est fou. Et ce ne sont pas les écureuils qui gambadent sous mes fenêtres qui diront le contraire.
 
Comme vous l'avez remarqué, j'ai retrouvé un français un peu moins sauvage que la dernière fois, puisque j'ai à présent Internet dans ma chambre, et que je peux donc me servir d'un clavier français au lieu de l'infâme QWERTZ frison.
 
A bientôt
 
PS : des photos au prochain épisode !
Par Louis
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Mardi 3 octobre 2006
Bonjour à tous,
 
Je vous emmène cette semaine à la découverte du Cologne touristique, celui que vous verrez si vous y passez un congé de fin de semaine (c'est nettement plus urbain que "week-end" non ?). C'est du vu et re-vu, mais c'est de l'indispensable pour votre culture G, au même titre que les sketches des Inconnus (que celui qui ne connait pas Youpi Matin lève le doigt) ou les 25 saisons de Walker Texas Ranger.
 
Le Lander de Rhénanie du Nord - Westphalie (Nordrhein-Westphalen), comme son nom l'indique, est traversé du nord au sud (ou plutôt du sud au nord, dans le sens du courant) par le Rhin. Laissez moi vous dire que la Seine à côté, c'est de la rigolade. Le fleuve est très large, et les péniches qui y circulent sont incroyablement longues. C'est un véritable axe commercial, qui dessert notamment la foultitude d'usines implantées le long des berges.
 
Le coeur de Cologne se situe sur la rive gauche du Rhin, et de façon générale, tous les quartiers intéressants aussi. J'ai visité cette semaine, mais en une heure à peine (je prévois donc d'y revenir plus longuement et mieux documenté), l'impressionnante cathédrale de Cologne (der Dom), dédiée à Sainte Ursule. C'est un bâtiment massif et pourtant élançé, rendu encore plus imposant par sa noirceur. Je vous fais grâce de l'explication historique et culturelle, un bon guide vert Michelin fera ça beaucoup mieux que moi. Deux détails néanmoins : le choeur abrite des reliques des Rois Mages (rien que ça), et la construction a duré six cent ans (discontinus évidemment, auquels il faut rajouter les décennies de reconstruction après la guerre de 40).
 
Comme dans toutes les cathédrales de cette envergure, n'espérez pas pouvoir vous y recueillir en paix : entre les japonais éberlués qui piaillent et Gunter qui dispute son marmot (lequel marmot s'amusait à souffler les cierges pieusement déposés par les visiteurs dévôts, ce qui, vous en conviendrez, est gravissime), non vraiment, c'est intenable. Seule la chapelle du Saint-Sacrement reste, et c'est heureux, un lieu de silence.
 
Cologne a été bombardée et rasée à 90% pendant la guerre. Aussi, peu de bâtiments anciens (et donc jolis) sont encore debouts.
 
La gare centrale de Cologne (la classique Hauptbahnhof ou Hbf) est construite juste derrière le Dom. Mais quand je dis juste derrière, c'est juste derrière. Pour vous donner une idée, c'est un peu comme si une gare avait été bâtie dans le square Jean XXIII, le petit parc autour de Notre-Dame. Je trouve ça tout à fait infâme, tant du point de vue esthétique que sonore : c'est tout juste si l'on entend pas les sifflets de locomotives dans la nef ! (comment ? les locomotives n'ont plus de sifflet depuis longtemps ? hé bien relisez Lucky Luke et vous verrez bien). Cf. la photo ci-jointe, prise depuis un quai de la gare.
 
Au hasard d'une ballade, visite de l'église St-Pantaleon, dont la caractéristique principale est un jubé gothique flamboyant remarquable (cf. photo itou).
Voilà pour les bâtiments notables cette semaine.
 
Accompagné de Johanne, venue me rendre visite quelques jours, j'ai parcouru en vélo, sur mon Hercules de compétition, la Stadtwald (littéralement "forêt de ville"), à l'ouest de Cologne. Aussi grand que le Bois de Boulogne mais en beaucoup mieux : propre, dégagé, sans voitures ni brésiliens (-nes). Deux petits lacs sont reliés par un long bassin de plus d'un kilomètre, terrain de jeu idéal pour les avironneurs. Cet immense espace vert est une succession de sous-bois et de prairies, évidemment toutes ouvertes au public. Dès qu'il voit une pelouse, Gunter ne pense qu'à s'y étendre. Imaginez comme Gunter et Frida seraient malheureux dans les deux minuscules rectangles d'herbe autorisés du jardin du Luxembourg !

Vous le savez, les Allemands sont écolos. Pour entretenir toutes ces belles prairies de la Stadtwald, point de tondeuse Massey-Ferguson polluante et bruyante, mais un authentique troupeau de plus d'une centaine de moutons, flanqué d'un authentique berger et de trois authentiques chiens. On croirait le tout importé directement d'un alpage tyrolien, au coeur de la ville.

Evidemment, la ballade n'aurait pas été complète si je n'avais pas crevé ma roue arrière, ce qui m'a valu de porter, pendant une heure interminable, sur le dos, mon Hercules, un peu moins compétitif cette fois-ci, car je vous l'assure, il n'est pas en aluminium du tout, mais plutôt en fer forgé (recyclé bien entendu).
 
Je tiens à vous faire part de la joie que j'ai de me déplacer sur cet Hercules. J'ai trouvé un petit panier que j'ai habilement ficelé sur mon porte-bagage, pour y caser mes navets et mes courgettes. Très commode. Et je passe de grands moments, lorsque la pluie est battante, comme ce fut le cas ce dimanche soir, à pédaler comme un taré, tête baissée, nez au vent et dynamo allumée, en chantant à tue-tête les Cosaques ou la Blanche Hermine (ou même la Strasbourgeoise lorsque je suis d'humeur conquérante). Vu d'un abribus, le tableau doit être pour le moins surprenant.
 
L'ambiance de la colocation est de plus en plus sympathique. Mercredi soir, Dahaï le chinois nous a fait un repas typisch de chez lui. Je suis incapable de vous dire précisement ce que j'ai mangé, mais c'était très bon ! Je me suis ensuite efforcé, d'apprendre à Johanne, Valentin, Bernhard et Dahaï les règles de l'Ascenseur, jeu de cartes que j'ai découvert en camp scout cet été et qui est très sympathique. Nous passâmes donc la soirée à jouer aux cartes et à boire de la Kölsch, LA bière de Cologne. J'ajoute que mon ami Dahaï s'étant mis en tête de vouloir ressembler à un gentleman, il s'est procuré une pipe et la fume désormais, en lieu et place de ses infâmes cigarettes chinoises. Bernhard lui, reste fidèle à ses roulées, et j'ai eu confirmation mercredi de ce je soupçonnais depuis quelques jours, à savoir qu'il agrémente son tabac d'herbe(s) plus ou moins licite(s). Entre l'odeur de la pipe et celle de la marijuana, je m'estime heureux de n'avoir pas mal au crâne ! Mais tout ceci demeure très convivial, et je suis sincèrement ravi d'avoir ces deux énergumènes pour voisins.
 
Sur ces volutes légères, je vous remercie pour votre courageuse lecture ! Vous serez récompensés par les photos ci-dessous !
 
A très bientôt
Vielen Grüssen
Par Louis
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Lundi 9 octobre 2006
Bonjour à tous,

Ce soir un récit un peu plus succinct que d'habitude, car demain j'attaque une semaine de pré-rentrée à la fac, et je tiens à être en grande forme !

Mardi était le jour de la fête de la Réunification (Wiedervereinigung) de la RDA et de la RFA. C'est un jour férié, mais compte tenu que je n'ai pas encore commencé mes cours, cela ne m'a guère perturbé. Mon colocataire Bernhard en revanche, est lui en stage. C'est un garçon charmant mais un peu tête en l'air : il s'est consciencieusement levé comme d'habitude mardi pour aller au travail. Ce n'est qu'après avoir poireauté 10mn à l'arrêt du tram, tout seul évidemment car toute la ville dormait paisiblement en ce jour de repos, qu'il a fini par se rappeler de la date...

J'ai continué ma découverte de la ville en vélo, le long du Rhin, et dans la Nord-Altstadt. La ville est assez déroutante : alternance de quartiers résidentiels totalement éteints et de coins pétillants de vie et de commerces. C'est amusant de constater que chaque petit bout de ruine qui a été mis à jour est exposé comme un trophé magnifique légué par les âges : on peut trouver au détour d'une rue un pan de mur d'une villa romaine de deux mètres sur deux pieusement conservé et entouré de barrières protectrices, comme s'il s'agissait d'une relique inestimable.

A propos de relique, j'ai assisté ce soir à la messe au Dom, qui renferme comme vous le savez les reliques des Rois Mages. Depuis maintenant trois semaines que je fréquente les églises colonaises, j'ai relevé plusieurs particularités dont je vous fais un petit condensé :

- Pendant la messe dominicale, point de psaume ni de deuxième lecture, ni de credo, ce qui est bien dommage à mon avis.

- Pour la communion, les fidèles s'avancent en troupeau informe et difforme vers l'autel, en s'alignant de façon plus ou moins désordonnée sur une ou deux lignes au pied de l'autel. Ce sont les officiants qui font des va-et-viens sur l'autel pour donner la communion. D'où un joli bazar. Ce soir au Dom, j'ai même vu un type se présenter sur son vélo (oui oui vous avez bien lu) au pied de l'autel et recevoir la communion, sans même descendre de sa selle, des mains d'un diacre qui semblait trouver cela bien normal. Ce même diacre a en revanche eu une moue dégoutée et je dois dire un peu vexante lorsque, mon tour venu, je ne lui ai pas présenté mes mains mais ai ouvert la bouche. Apparement la communion içi se donne le plus souvent dans les mains, et le contact de son doigt avec mes lèvres pourtant bien propres je vous l'assure semblait lui poser un problème d'hygiène assez conséquent. Certain de mon bon droit, j'ai bombé le torse, ai gardé mes mains dans le dos et le bec ouvert. Ah mais alors !

- Enfin sur l'autel, à côté du prêtre (en vert), se trouvaient le diacre en question (noir et blanc), un grouillot faisant office de servant de messe (rouge et blanc), et une femme (aube blanche), qui a lu la seule et unique lecture de la messe (Evangile excepté évidemment). Elle est restée présente aux côtés des trois autres pendant toute la messe, à l'exception de la consécration pendant laquelle elle s'est mise en retrait. C'est la première fois que je vois une femme aussi longtemps présente sur un autel pendant un office.

Si certains d'entre vous sont assez savants pour m'expliquer ces différences liturgiques que je viens d'évoquer, je leur en serai très reconnaissant.

Dans un tout autre registre a eu lieu aujourd'hui le Marathon de Cologne. Posté le long du parcours, de fervents supporters (sans doute eux-même de grands sportifs), cigarettes dans une main et bière dans l'autre, applaudissent chaudement les coureurs. C'est un évenement très convivial. J'ai longuement ricané en observant pendant un temps certain un individu d'une quarantaine d'années, bien habillé mais esseulé et visiblement sérieusement alcoolisé, qui s'efforçait de prodiguer des petits conseils aux coureurs : "allez allez on garde le rythme" ou bien "c'est lent, mais c'est beaucoup trop lent". Lui qui tenait à peine sur ses jambes !

J'ai finalement écrit encore un roman...

Je vous souhaite à tous une excellente semaine.

Vielen Grüssen


PS : j'ai ouvert un blog, pour compiler les épisodes Köln Urlaub et présenter quelques photos supplémentaires. N'hésitez pas à y jeter un oeil: lagraville.over-blog.com

PS 2 : je maintiens cependant le système des mails hebdomadaires, qui me parait sympathique et efficace.
Par Louis
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Mercredi 18 octobre 2006
Bonjour à tous,

Petit retard de parution, mais mieux vaut tard que jamais n'est-ce pas ?

Les quinze derniers jours ont été riches en rencontres et évenements. La semaine dernière, l'Université a organisé une pré-rentrée pour les étudiants étrangers. Nous sommes plusieurs dizaines, venus du monde entier. C'est très sympathique. J'ai rencontré des gens de Pologne (très gros contingent polonais !) et plus généralement de l'Europe entière, mais aussi de Mongolie, ou encore d'Azerbaïdjan ! Tout ceci est très dépaysant, et j'en suis ravi.

L'Université nous a réservé un accueil plus que chaleureux. L'une des priorités de la fac de Cologne est de s'ouvrir à l'international, aussi sommes-nous choyés par les différentes administrations. Le contraste avec Paris 1 est... saississant.
Quelques exemples des activités de la dernière semaine :
- Visite de la ville, l'intention était louable, mais la visite en car nous faisait ressembler à un groupe de japonais qui traversent l'Europe en 5 jours. Je n'y ai pas appris grand chose !
- Soirées dans des Kneippe (bars) et clubs, Kölsch de rigueur !
- Et le plus interressant : déplacement à Bonn. Je m'arrête quelques instants sur cette excursion qui valait le détour. Nous avons été au musée de l'histoire de la RFA (Haus der Geschichte der Bundesrepublik Deutschland). C'est un musée très bien fichu, dont l'exposition permanente retrace l'histoire allemande depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Très instructif, on y apprend par exemple qu'en Ex-RDA, il fallait dix ans pour obtenir une Traban (les fameuses petites autos) ! l'économie planifiée, c'est le pied !
L'exposition temporaire était consacrée au rock n' roll, du King à U2, en passant par Woodstock. Là encore, nous en avons eu plein les yeux et les oreilles.
Avec Valentin, visite de la ville, autrement plus jolie que Cologne, car très peu bombardée. C'est d'ailleurs pour cela que Bonn est devenue capitale de la RFA jusqu'à la réunification : le Gouvernement devait s'installer dans une ville possédant encore des infrastructures intactes, et peu de grandes villes allemandes avaient été épargnées par les bombes. Lors de la visite de l'Eglise Saint Martin (Münsterbasilika), nous avons rencontré un séminariste français, de notre âge. Ravi de pouvoir converser avec des compatriotes, nous avons longuement discuté. Il s'est avéré être un ancien Scout d'Europe, aussi les sujets de discussion n'ont pas manqués... J'initie peu à peu Valentin au scoutisme, et lui en échange se charge de ma culture musicale. Il est épaté par notre jargon (c'est pourtant facile de comprendre qu'il faut mettre du fois sur le beux pour faire chauffer la boname non ? à moins que les abeilles ne l'aient mangé évidemment...) et a trouvé très comique le salut scout en pleine rue, et oui ça fait toujours drôle la première fois.

L'Université est située sur un immense campus. Derrière le bâtiment principal se trouve une vaste prairie à l'herbe bien grasse, longue comme le champs de Mars, mais deux fois plus large. Le soleil étant encore vif dans l'après-midi à cette mi-octobre, nous passons les intercours à bronzer sur le gazon. Oui je sais c'est difficile, merci de votre soutien.
Un réseau Wi-fi gratuit couvre tous les bâtiments, on peut trouver dans l'Université des commerces, une multitude de cantines ou cafétérias, et aussi je vous rassure, des amphis et des salles de cours.
La fac s'est remplie d'étudiants lundi. Ambiance de fête pour commencer l'année : musique dans les couloirs et stands des différentes associations étudiantes. Là encore, la comparaison avec mon université française se passe de commentaires... Après avoir choisi mes matières, j'ai attaqué les cours de droit allemand. Selon l'enseignant, je comprends tout ou rien : un cours de droit économique public, ce n'est déjà pas facile, en allemand encore moins, mais quand le prof a un accent souabe, ça devient du birman. Soit ! je m'accroche !

Petite tranche de vie colonaise : les Allemands ont la réputation d'être disciplinés. C'est plus ou moins vrai, mais s'il est une chose avec laquelle ils ne rigolent pas, c'est le passage clouté. Lorsque le petit bonhomme est rouge, personne, mais alors personne ne se risque à traverser frauduleusement. On peut ainsi passer une ou deux longues minutes à se regarder dans le blanc des yeux, d'un côté et de l'autre de la rue, tandis qu'aucune voiture n'apparait à l'horizon... lorsque de chaque côté de la rue, la foule s'agglutine et patiente, j'ai parfois envie de leur crier : "mais traversez donc bande de niais ! allez un peu d'initiative !". Evidemment en bon parisien, je ne réussi pas toujours à me maîtriser... et je traverse quand le feu est rouge, sous les yeux ronds et réprobateurs de mes voisins, outrés par mon manque de civisme. Mea culpa, mea maxima culpa !

Mardi, grande joie qui a illuminé ma journée : j'ai cassé la clef de ma boite aux lettres dans la serrure. Ne gloussez pas, c'est un évenement fâcheux ! Après avoir examiné, puis tenté de réparer, puis franchement molesté la serrure en question, je me suis rendu à l'évidence : ma boite a rendu l'âme. Ne vous privez pas pour autant de m'envoyer du courrier, je me sers maintenant de celle de mon colocataire Bernhard.

Je vous souhaite à tous une excellente semaine.
Par Louis
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Mardi 24 octobre 2006

Bonjour à tous,

 

Me voici rentré dans le rythme du semestre. Je commence à avoir mes repères pendant les cours et à ne plus me perdre dans la fac.

 

En plus de mes cours de droit allemand, j’ai huit heures de langue allemande par semaine, histoire de rentabiliser ma présence ici. Vendredi dernier a eu lieu un test, réunissant tous les étudiants étrangers qui suivent comme moi des cours de Deutsch als Fremdsprache (Allemand en langue étrangère), qui visait à départager les différents groupes de niveaux. Vous en conviendrez, si l’enjeu d’un tel examen n’est pas négligeable, il n’est pas non plus d’une importance capitale. Et pourtant… nous avons enduré quatre longues heures, entrecoupées d’interminables moments d’attente, en étant surveillés par des mégères plus proches du féroce kapo que du sympathique pion. Le tout dans les conditions d’un examen d’Etat, sacs et vestes au pied de l’estrade, chaque participant séparé par trois places de son voisin. J’avoue n’avoir pas bien saisi le pourquoi d’une telle rigidité pour un test aussi inconséquent… Je me demande comment vont se dérouler les vrais partiels… !

 

A l’occasion d’un passage à la Hauptbahnof, la gare centrale, je me suis offert un délicieux moment d’intemporalité. L’horloge annonçait 21h30, la nuit était donc déjà bien noire. J’étais assis seul sur le quai numéro 8, en attente d’un Thalys. Un train wagon-lits en direction de Warschaw-Moscow s’apprêtait à démarrer. C’était un engin du siècle passé, cabossé et rouillé. Devant chacune de ses portes, un employé de la compagnie russe de transport, en bel uniforme pourpre, rapiécé mais impeccablement repassé, aidait les quelques passagers à grimper à bord. Le néon au-dessus de moi fonctionnait par intermittence, lorsque une voix retentit dans le haut-parleur, pour annoncer le départ du train moscovite. La nuit, le train d’un autre temps et à la destination orientale, les uniformes, la lumière capricieuse, la voix allemande grésillante, tout cela m’a projeté l’espace de quelques seconde dans les années folles, peu de temps avant que l'Europe ne le devienne. Seuls manquaient les soldats prussiens et leur casque à pointe, et le tableau eut été complet.

 

Vendredi soir, à l’occasion d’une soirée chez une amie polonaise, j’ai rencontré un garçon saoudien. Nous avons longuement confronté nos visions du monde, avant d’arriver à la conclusion qu’elles n’étaient pas si différentes. Je ne sais pas si celui-ci finira lui aussi par prendre des cours de pilotage, mais le mystère de ces terroristes éduqués en Occident et qui sombrent dans le radicalisme s'épaissit pour moi. Comment peut-on ainsi passer du tout au tout ?

J’ai également discuté avec un Bulgare (futur européen en janvier 2007), notamment de l’entrée de la Turquie dans l’UE. Son point de vue m’intéressait particulièrement puisque, vous le savez sans doute, un tiers de la population bulgare est d’origine turque, ou plutôt ottomane pour être historiquement précis. De plus il m'a appris qu'en Bulgarie, pays à majorité orthodoxe, les catholiques et les orthodoxes s'arrangent pour faire coïncider leurs calendriers et fêter ensemble la Pâques, et d'autres moments liturgiques importants. C'est un bel exemple d'oecuménisme me semble-t-il.

 

Cette amie polonaise habite dans un logement étudiant tout à fait pittoresque, dans une banlieue un peu éloignée. Le lotissement est composé de maisons préfabriquées, installées en O autour d’une pelouse centrale. Le tout donne l’impression d’une ville Algeco provisoire. Et pourtant non ! ce sont bien des logements définitifs ! Je suis bien content de ne pas y avoir atterri. Comme l’a dit Valentin, dans sa grande sagesse « c’est pas mal pour une caravane ».

 

En rentrant de cette soirée chez moi au début de la nuit, je me suis rappelé que mon ami et colocataire Bernhard avait invité ce week-end une dizaine de ses amis, originaires de Nuremberg et de Karlsruhe. A l’image de leur hôte, ce sont des gens sympathiques mais parfois déroutants. A mon arrivée, je n’ai pu que constater l’étendue des dégâts : la cuisine n’était plus qu’un champ de bataille, et les cadavres de Kölsch gisaient un peu partout. Mes placards avaient été pillés, toutes mes spaghettis de réserves englouties et mon précieux jus d’orange avait tout simplement disparu. Moi qui bichonne avec tendresse cette cuisine, j’avoue que le choc a été dur. Constatant mon impuissance devant de tels adversaires, je me suis résolu à m’ouvrir une Kölsch et à trinquer avec eux, c’était je crois la seule alternative à la défenestration.

 

Le lendemain samedi, Bernhard et moi avons conjointement organisé une petite fiesta dans notre WG (WG = WohneimGemeinschaft = colocation). Le tout fut très réussi. Et dimanche fut jour de grand ménage !

 

Hier, j’ai réussi à trouver un dentiste pour s’occuper des vives douleurs de mâchoires qui me lancent depuis une semaine. Il a pu s’occuper de moi de suite, et a résolu de me raboter un bout de quenotte. Il était visiblement très excité de pouvoir exercer son art dans une authentique bouche française. « Je vous préviens, me dit-il, les soins vont être un peu douloureux. Voulez-vous une injection pour endormir votre gencive ? ». C’était la question à un million d’euros. Louis mon petit, me suis-je dit in peto, tu représentes la France. « Nein » lui ai-je majestueusement répondu. Mal m’en a pris. Je crois que mon dentiste s’est amusé à rejouer la bataille de la Marne sur ma molaire. Que les Allemands se rassurent, avec ce que j’ai enduré, le diktat de Versailles est cent fois vengé. On ne m’y reprendra pas de sitôt à jouer les héros.

 

Je me demande bien pourquoi les Français ont la réputation d’être arrogants.


Cocorico et bonne semaine à tous

 

Par Louis
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Lundi 30 octobre 2006
Bonjour à tous,

Vaste blague cette semaine : j'ai réalisé qu'en Allemagne, je pouvais passer pour un danseur hors-pair de rock n'roll. Petit retour en arrière : j'ai toujours été une quiche galactique en rock n'roll, et les rallyes dans lesquels ma chère Maman a tenté de m'envoyer pendant toute ma jeunesse n'y ont rien changé. Pour faire simple, disons que je suis capable de faire illusion sur une ou deux chansons, mais guère plus, mon répertoire de passes étant extrêmement limité.
Mercredi soir, Valentin et moi sommes sortis en night-cloub, accompagnés de deux demoiselles, l'une anglaise et l'autre allemande. Soudain, sur les coups d'une heure du matin, sans crier gare, le DJ envoie un bon vieux rock. Ni une ni deux, Valentin et moi nous lançons dans une danse endiablée avec nos demoiselles. Je n'irai pas jusqu'à dire que le vide se fait autour de nous et que la foule se met en cercle, mais presque. A la fin de la chanson, un garçon s'approche de Valentin et lui demande si l'on fait partie d'une école de danse. Ce à quoi Valentin a la présence d'esprit de répondre "non, nous sommes français" (il me plait ce petit).
Voilà donc comment, puisqu'aucun allemand ne sait danser le rock, quelques passes vous font passer pour John Travolta. Grande jubilation. Au royaume des aveugles, ...

Rebelote vendredi soir, mais cette fois-ci pour la soirée intitulée Le debut (en français sans accent dans le texte), organisée par l'Asta, l'équivalent du BDE, dans les locaux de l'Uni-Mensa, c'est-à-dire la cantine universitaire. C'est un bâtiment immense, sur trois niveaux, qui regroupe plusieurs restaurants, aux thèmes et produits différents, etc. J'ai d'ailleurs atterri un jour sans le savoir dans le restaurant végétarien, si quelqu'un m'avait prévenu, cela m'aurait évité de tourner en rond pendant quinze minutes pour chercher un peu de viande... Bref.
Grande soirée donc, réunissant plus de 4000 personnes, l'ensemble du bâtiment ayant été vidé de son mobilier. Plusieurs pistes de danse, plusieurs ambiances, etc. Je sais que ceux d'entre vous qui viennent d'écoles d'ingé ou de commerce vont trouver cela terriblement banal, mais pour un petit universitaire comme moi, une soirée d'une telle ampleur était une grande première.
 
Ce week-end, mon petit corps a protesté me semble-t-il contre ces virées nocturnes épuisantes, puisque j'ai passé deux jours fiévreux au fond de mon lit. Hier dimanche, j'ai enfourché mon Hercules pour une ballade afin de m'aérer les neurones et si possible me débarasser en cours de route de mes microbes. Je suis tombé sur un match de football au stade du coin, entre deux équipes d'amateurs du dimanche. Je me suis bien amusé en observant tous ces bonshommes se crier dessus en allemand. Le goal qui était près de moi était un colosse qui passait son temps à jurer comme un charretier et à cracher, mais toujours en dehors de sa surface. Pas fou le gars !
Pour information, lorsque je suis rentré à la maison, mes microbes sont rentrés avec moi. Dahaï, mon colocataire chinois, m'a donné une poudre de perlinpinpin au gingembre, à boire comme du thé, sensée me remettre d'aplomb. Non seulement c'était infâme, mais en plus ça n'a servi à rien. Je me suis remis à ma bonne vieille aspirine, et j'ai bon espoir d'être retapé demain.

Vous avez certainement entendu parler de ce scandale qui secoue la Bundeswehr, l'armée allemande, en Afghanistan. Pour ceux qui ont raté le début, des clichés de soldats allemands posant avec des ossements humains ont été publiés par le Bild, un torche-fesses du même acabit que le Sun anglais. Scandale immédiat, condamnations unanimes etc. C'est amusant de voir à quel point les Allemands assument mal leur armée. Elle ne sert déjà pas à grand chose (puisque la Constitution interdit à la Bundeswehr de participer à une guerre d'agression, quelle qu'elle soit), mais en sus elle est clouée au pilori aussi souvent que possible.
Même malaise à propos du navire de guerre allemand croisant au large du Liban et qui a été la cible (heureusement ratée) de chasseurs israéliens. L'idée que des Israéliens et des Allemands puissent tirer les uns sur les autres est insupportable içi. C'est pour cette raison que l'Allemagne n'a pris qu'une place minime dans la Finul II, mise en place par l'ONU à la fin de l'attaque israélienne au Liban. La Bundeswehr se contente de missions de soutien et de logistiques au large des côtes, mais aucun soldat allemand n'a posé le pied sur le sol libanais. Pourquoi ? pour la même raison. Le sentiment de culpabilité envers les Juifs, et par ricochet envers Israël est tel, que les dirigeants allemands ne veulent pas prendre le risque qu'un soldat allemand puisse tirer, même par méprise, sur un soldat israélien, ce qui est susceptible d'arriver dans une région aussi explosive.

J'arrête là mes digressions géopolitiques, et vous souhaite à tous une excellente semaine.


Par Louis
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Dimanche 12 novembre 2006
Bonjour à tous,

Grande ristourne : deux semaines pour le prix d'un seul numéro !

Stanislas, ami de toujours, est venu me rendre visite en début de semaine. Nous avons découvert ensemble la cuisine polonaise, à l'occasion d'un dîner organisé dimanche par une amie originaire de Dantzig : betteraves cuites, choux de Bruxelles, riz et viande indéterminée. Heureusement que je m'étais occupé du vin ! A noter, une impressionnante collection de bouteilles de bières dans l'escalier de la cave-cuisine-salon-salle-à-manger (à voir içi).
Stan et moi avons une passion commune (entre autres) : les daubes cinématographiques. Steven Seagal, Jean-Claude van Damme et autres Jet Li n'ont pas de secrets pour nous. Afin de parfaire notre culture en la matière, séance ciné lundi soir : en exclusivité un chef d'oeuvre du septième art, "The Hunt for Eagle One", avec dans le rôle-titre Mark Dacascos, décidemment en chute libre depuis Crying Freeman. Si les histoires de gentils américains qui mettent la patée aux méchants d'Al-Quaeda dans la jungle philippine vous font vibrer, courez chez votre loueur de DVD.

Mercredi après-midi, j'ai commencé le premier entrainement d'aviron. Nous sommes une vingtaine de gais lurons à nous répartir sur les différents canots. Pour le moment, nous apprenons le b-a-ba de la technique sur un petit lac (et donc sans courant) alimenté par le Rhin. Le coin est charmant, entouré de taillis et de bosquets. L'ambiance est très chouette, on se fait crier dessus par le barreur, on transpire, il fait froid et il y a beaucoup de vent. Je suis déjà fan.

Jeudi 9 novembre dernier, l'Allemagne a commémoré l'anniversaire de la chute du Mur du Berlin.

Mais l'évenement qui a fait vibrer Cologne cette semaine, alors que la France et l'Angleterre étaient plongés dans le recueillement, c'est le lancement de la saison du Carnaval. Chaque samedi 11 novembre, à 11 heures et 11 minutes, la ville fête le début du Carnaval. D'un point de vue technique, cette saison commence par une grande fête d'échauffement (ça promet !) en novembre, pour culminer en février, par quatre jours continus de fiesta.
Toute la ville s'est donc retrouvée hier samedi, dès sept heures du matin pour les plus acharnés, sur la place Heumarkt, à quelques pas du Rhin, dans la vieille ville. Carnaval oblige, tout le monde était déguisé. N'ayant guère pu préparer un déguisement élaboré, mes outils de travail étant à Paris, je me suis contenté d'une perruque de Chico et de lunettes de Maverick (le résultat içi). Promis ma tenue sera davantage recherchée pour février.
Sitôt un pied posé à Heumarkt, on se retrouve avec une Kölsch entre les mains. Je n'avais jamais bu de bière à neuf heures du matin. Ca, c'est fait. Tout au long de la journée, l'opération consiste donc à déambuler dans la ville en buvant lentement mais sûrement, à danser sur des airs teutons, à se faire de nouveaux amis aussi ridiculement accoutrés que vous (et accessoirement plus avinés), à prendre des photos débiles, et surtout, à trouver des toilettes accessibles, ce qui croyez-moi n'est pas une mince affaire dans une telle foule, surtout après quelques litres de houblon.
Après une petite pause dans l'après-midi, on remet ça en fin de journée et jusqu'à l'aube. Tous les bars et nightcloubs sont pleins à craquer, les rues noires de monde, et acheter un kebab pour recharger les batteries relève de l'exploit, tant la lutte est féroce pour accéder à la caisse.
Le tout est très amusant et l'ambiance résolument bon enfant. Vivement la suite en février !

Maman rassure toi, je travaille un peu quand même.

Bonne semaine à tous.

PS : toutes les photos du Carnaval içi


Par Louis
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Dimanche 19 novembre 2006
Bonjour à tous,

Encore une chouette semaine qui vient de s'écouler.

Mardi, petite fiesta pour l'anniversaire de Valentin, mon compère Erasmus venu lui aussi de Paris I. J'ai redécouvert, grâce à Thomek, polonais de son état, la Vodka Zubrowka. C'est la seule vodka que je tolère, car elle est aromatisée par une petite herbe qui flotte dans la bouteille. Pour la petite histoire, cette herbe vient de l'extrême est de la Pologne, le long de la frontière biélorusse. A consommer avec modération évidemment.

Mercredi, temps froid mais sec. J'ai donc résolu de me rendre à bicyclette à la Boothaus, littéralement "la maison du bateau", c'est-à-dire la grande bâtisse dans laquelle sont rangé les embarcations pour l'aviron. Belle ballade d'une heure sur les bords du Rhin, à l'aller puis au retour. Les couleurs sont superbes en cette saison, et j'ai cette semaine assisté à deux magnifiques couchers de soleil, sans appareil photo évidemment, mais c'était drôlement beau, croyez-moi sur parole.
Mes mains commencent à être douloureuses et rougies par le mouvement mécanique de l'avironneur acharné. Encore quelques efforts et je commencerai à peler sérieusement. J'ai de plus les jambes dévorées par je ne sais quelles bestioles voraces, à tel point que j'ai d'abord craint d'être atteint par la peste bubonique. Rassurez-vous, ce ne sont certainement que de gros moustiques qui cassent la croûte aux dépens des rameurs.
L'aviron est un sport génial, qui demande à la fois un effort continu et intense, mais aussi une coordination de l'équipage, sous les ordres ("Kommandos" en allemand) du Steuerman, le barreur. Évidemment, lorsque les équipages sont mixtes, cette coordination est plus difficile à obtenir. Allez savoir pourquoi... mais attention hein, je n'ai pas dit que les filles avaient deux mains gauches et qu'elles sabotaient tous les efforts des autres, et encore moins qu'il y a parfois des coups d'aviron qui se perdent. Non non, loin de moi ces considérations misogynes.

A propos de politiquement correct à deux francs six sous, sachez que l'on ne va pas içi chez l'Arabe du coin pour acheter une bouteille de Coca à 23 heures, mais chez le Turc du coin (et pour acheter de la bière). Ces petites échoppes, fort pratiques pour se ravitailler à toutes heures du jour et de la nuit, sont appelées "Kiosk".

Jeudi, un ami soudanais, Ahmad, a organisé dans sa collocation une soirée falafel. J'ai appris à cette occasion à cuisiner les petites galettes, frites dans l'huile, et faites d'une mixture dont je n'ai pas compris la composition puisque je n'ai absolument aucun vocabulaire en matière culinaire (mais je tâche d'y remédier). Chaque petit pain est fourré de l'une des susdites galettes, d'une rondelle de tomate, d'oignons et de fromage. Le tout est délicieux, quoi qu'un peu bourratif après une demi-douzaine.

J'ai oublié la semaine dernière de parler d'une projection de documentaire à laquelle j'ai assisté, organisée par l'Asta, sorte de super-association étudiante, qui s'occupent de diverses manifestations culturelles et festives. Le film, au titre volontairement provocateur, s'intitulait "Alle Juden raus", que l'on peut traduire par "tous les Juifs dehors", et retraçait le parcours douloureux de jeunes enfants juifs allemands déportés avant le début du la guerre, lors de la mise en place de la politique antisémite du IIIème Reich. Je n'ai pas tout saisi, car les intervenants étaient évidemment souvent âgés et parlaient de façon difficilement compréhensible. Néanmoins, ce genre de témoignages me parait d'une importance capitale, et le regard de ces rescapés en dit parfois plus long que leur paroles.
Le poids de cet héritage nazi est toujours très présent en Allemagne. Exemple très révélateur : en cours, lorsqu'un étudiant veut poser une question (ce qui est içi très fréquent, même en amphi), il se garde bien de lever la main droite de façon trop rectiligne, mais prends soin au contraire de lever le doigt en cassant le coude. Ce détail insignifiant montre à quel point les nouvelles générations sont toujours imprégnées par ce traumatisme collectif. Au cours de la scolarité, les allemands étudient chaque année la période 1933-1945.
Je l'ai déjà dit, je pense que les allemands assument très mal leur histoire. L'horreur du nazisme a jeté l'opprobre sur toute la culture germanique et sur toute l'histoire pourtant ô combien riche et passionnante du peuple allemand. Une amie allemande m'a récemment confié qu'à l'école, les trois thèmes principaux abordés en histoire sont : l'Antiquité, la Révolution française et le IIIème Reich. Autrement dit, rien qui puissent vraiment donner aux petits allemands une quelconque fierté de leur germanitude ou bien un début de commencement d'embryon de sentiment patriotique. C'est tout de même fou que les petits colonais n'étudient pas l'épopée de Charlemagne, dont la capitale était tout de même Aix-la-Chapelle (Aachen), ville à 20 minutes en train de Cologne. Je trouve dommage, pour échapper à un extrême, de tomber dans un autre. Quoi ! l'Allemagne est tout de même la patrie de Luther (dont l'oeuvre a profondément marqué l'Europe, n'est-il-pas ?), de Beethoven, de Wagner, de Goethe, de Bismarck, de Kelsen ! et les Francs ne sont pas venus non plus d'Espagne !

Je précise à toutes fins utiles, car j'entrevois déjà la réaction de certains, que mon propos n'est pas de critiquer l'enseignement en profondeur et en vérité du nazisme et de ses dramatiques conséquences, ce qui est évidemment une nécessité impérative pour combattre l'oubli et les négationnismes qui pointent ici et là. Ma diatribe vise simplement à redonner un peu de ses lettres de noblesse à l'Allemagne, qui semble avoir oublié que son histoire ne se réduit pas au IIIème Reich.
Ça, c'est dit.

Sans transition, vendredi, avec Valentin, nous nous sommes rendus dans une salle de sport, répondant à une invitation que nous avions reçue. L'endroit est très moderne, bien agencé, propre, avec de belles machines, bref, un véritable quatre étoiles au Michelin. Et pourtant... j'ai fuit et je fuirai encore longtemps ce genre de lieux, pour moult raisons. D'abord parce que les prix sont prohibitifs, et que mon budget ne m'autorise pas ce genre de fantaisies. Ensuite parce que je ne comprendrai jamais l'intérêt de courir sur un tapis face à un écran de télé plutôt que dans un parc au grand air. Enfin parce que ça me gave vraiment, ce qui est un argument d'autorité tout à fait imparable..
C'est très amusant d'observer les comportements. Lorsqu'on s'installe à une machine, pour peu que le gars en face soit bedonnant, on prend un malin plaisir à gonfler les biceps d'un air satisfait, histoire de lui montrer que le pauvre, hé hé, il a encore du boulot. A l'inverse, lorsque le type d'à côté a des bras qui font quatre fois les nôtres, alors on se concentre fixement sur un point loin devant, en faisant semblant de ne pas voir qu'on a vraiment l'air d'un crapaud qui se débat dans une tapette à souris.
J'ai fait l'expérience, pour la première fois de ma vie, d'un sauna. Encore un grand moment. Je ne pensais pas pouvoir autant transpirer sans rien faire. C'est amusant, néanmoins, j'ai beaucoup moins apprécié de me retrouver coincé sur un petit banc entre Gunter et Frida, culs nus évidemment (oui l'Allemand(e) se déshabille sans complexe). Transpirer avec des copains autour d'un ballon dans une prairie, c'est top, mais assis comme un marron trop mûr tombé de son arbre, à côté d'autres marrons chauds, surtout inconnus, non merci. 

Heureusement qu'il me reste la messe pour nourrir de façon un peu substantielle ma grande carcasse. J'y vais d'ailleurs de ce pas.

Bonne semaine à tous, et Hauts les coeurs !

Par Louis
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Mercredi 6 décembre 2006
Bonjour à tous,

Voici déjà le dixième numéro (qui s'est fait attendre) de mes folles péripéties en terre teutonne, tout cela passe décidement trop vite !

Vendredi 24 novembre dernier, comme certains s'en sont souvenu avec sympathie, j'ai franchi la barre des 22 ans. Pour fêter l'évènement, j'ai convié une grosse vingtaine de personnes dans mon chouette appartement, pour une soirée Pizza-Bier-Musik, qui restera à n'en pas douter dans les annales (quelques images ici). J'ai été grassement gâté par mes invités. J'ai entre autres reçu une jolie plaque en métal, format plaque d'immatriculation, sur laquelle est inscrit "Louis der Kölner" (Louis le Colonais), sur fond de drapeau allemand (à voir ici). Un joli souvenir de mon aventure rhénane.
Une anglaise de mes amies, bénéficiant de complicités françaises, et connaissant mon amour profond pour ce peuple d'Outre-manche qui devra un jour pourtant rendre des comptes pour la spoliation des iles anglo-normandes, m'a couvert de cadeaux aux couleurs britanniques, dont un charmant calecon frappé de l'Union Jack. Que la Pucelle d'Orléans me pardonne ma félonie, mais j'ai revêtu ledit calecon, étant bien obligé de faire honneur à mes hôtes en arborant leurs cadeaux.
La Polizei s'est invitée deux fois consécutives au cours de la soirée, afin de faire baisser le niveau sonore qui, semble-t-il, importunait un voisin couard qui n'a pas pris la peine de venir toquer à ma porte courtoisement (ou pas, d'ailleurs), mais a préféré appeller directement la maréchaussée. Rien de bien grave au final, je m'en tire avec trois mois de sursis et dix ans d'interdiction de séjour sur le territoire allemand. Non Maman ne t'évanouis pas c'est une blague, je me suis simplement fait remonté les bretelles et ai sagement pris un air contrit.
Les policiers allemands ont des uniformes tout à fait vilains (la preuve en image ici), mélange de beige et de verdâtre. Les plus amusants sont les motards, puisqu'ils arborent une combinaison verte intégrale, quasi-similaire à celle des éboueurs parisiens. Piètre allure face à nos fiers gardes-républicains !

Dimanche 26 novembre, visite du Schokolade Museum, qui retrace l'histoire du chocolat à travers les siècles et les continents. On peut y visiter notamment une petite fabrique de chocolat Milka : c'est très amusant de voir des torrents de chocolats être brassés par de grosses machines, les petits carrés ou autres douceurs dévaler les tapis roulants, ou encore de tremper un petit Spékulos dans une fontaine de laquelle jaillissent des litres de chocolat. Evidemment, le passage à la boutique à la sortie fait souvent mal au portefeuille : après avoir passé une heure à n'entendre parler que de chocolat, et à goûter quelques produits faits maison, on se trouve pris d'une fièvre acheteuse compulsive difficilement contrôlable.

Ca y est, je l'ai fait, je suis un grand à présent : je suis sorti pour la première fois sur le Rhin en aviron. Rien à voir avec le lac sur lequel j'ai fait mes armes ! Il faut lutter contre les courants et éviter les vagues formées par le passage des énormes péniches qui circulent sur le fleuve, et qui transportent voitures, containers, sable, etc. J'avoue que c'est assez épuisant de tenir ce rythme pendant une heure trente, et j'ai les mains qui partent en lambeau d'un peu partout. Mets des gants tête d'âne me direz-vous ! Eh bien non vous répondrai-je, car les Allemands sont mains nues, et je ne peux décemment pas être le seul à porter des gants. C'est imparable n'est-ce-pas ?
Le jour de l'aviron est une bonne grosse journée sportive : une petite heure de vélo pour se mettre en jambe et aller à la Boothaus, puis une heure d'ergomètre, pour travailler mes petits muscles et perfectionner ma technique, puis environ une heure trente sur le Rhin à ramer comme un forçat, et enfin une heure de vélo au retour. J'aime autant vous dire que je ne fais pas la nouba ce soir-là !

Vendredi 1er décembre, j'ai assisté par le plus grand des hasards à la messe de réouverture après travaux de rénovation de l'Eglise du Coeur de Jésus (Herz Jesu-Kirche), située sur la Zulpicher Platz, au coeur de la ville, en présence de l'Erzbischof Joachim Kard. Meisner en personne (en gros le numéro un de l'Eglise en Rhénanie du Nord - Westphalie). La paroisse avait mis les petits plats dans les grands, avec un choeur et un orchestre qui ont interprétés la Messe du Sacré-Coeur de Jésus, de Gounod. Comme d'habitude dans les messes en Allemagne, ça brillait de partout, on en prenait plein les yeux et les oreilles. C'était très beau oui.
M'enfin ça ne vaudra jamais une certaine messe célébrée un matin de février 2004, en plein coeur des monts du Cantal, à la chapelle Saint-Antoine, minuscule église romane accrochée à son piton, balayée par les vents et la neige. L'essentiel était là, et rien de plus : un autel et un aumônier accompagné d'une douzaine de gars aux joues rosies par le froid et l'effort, qui avaient traversé en raquettes pendant deux heures, à l'aube, les champs enneigés, simplement pour rencontrer le Christ là où personne ne prend plus la peine d'aller. Et sonne l'Angélus ! sonne sonne ! dans la vallée, bien des têtes ont du se tourner vers la hauteur en se demandant quel miracle faisait retentir les cloches oubliées, perchées tout là-haut.
Nostalgique de mes années scoutes, moi ? Meuuuuuuh non, le meilleur reste à venir !

Dimanche 3 décembre, dîner coréen chez un ami. C'est amusant comme tout : sur un petit réchaud à gaz posé au milieu de la table, on fait cuire de la viande, chacun se servant selon son envie. L'astuce consiste à prendre une feuille de salade verte et à la remplir de viande, de riz et de légumes. On empaquète le tout et hop ! C'est délicieux. La formule est très conviviale puisque tout le monde pioche à droite à gauche, de telle sorte que si l'un des convives est malade, il peut contaminer efficacement tous les autres en trente minutes.

Enfin pour achever ce récit, je vous invite à aller jeter un oeil aux vidéos sur mon blog qui vous donneront un apercu de l'ambiance d'un marché de Noël à Cologne (par içi). La tradition exige qu'on y boive du Glühwein, c'est-à-dire du vin chaud, et qu'on y mange toutes sortes de spécialités sucrées et salées. Le commerce tend un peu à prendre le pas sur le côté convivial et traditionnel, mais c'est tout de même sacrément sympatisch !


Bon temps de l'Avent à tous, et à très bientôt !
 
Par Louis
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